Voir la  fiche technique du film.

BRAZZA

OU L’ÉPOPÉE DU CONGO

de Léon Poirier (1939) 

 

Acheter le DVD 

Durée : 90 '                                                                                                                                          Avec :

Robert Darène, Pierre Vernet     

Jean Daurand, George Marny

Jean Worms, Jean Galland

René Navarre, René Fleur

E. Langlois, Boverio, Cahuzac

André Nox, Pierre Nay

Raymond Lucy, Mme Montalet

Odette Barancey, Jacqueline Baudouin

 

Versions :

VO et sous-titrage anglais et italien (film)

Suppléments :

v      BRAZZA DECRYPTE  par Éric Deroo

v      PAROLES DE BATEKES  par Dhavy Gantsou et Alain Onkani

v      CHEZ LES ANTHROPOPHAGES  court métrage publicitaire de Lortac et Maléva (1930 ?)

 

 

  

 

 

 

 

 

                                                Quelques informations sur le film

I LE CONTEXTE 

Le film est un film de commande, soutenu par le Secrétariat aux Colonies, en préparation à l'exposition internationale de New York de    1939 (elle n'aura pas lieu).

Il fait partie d'une douzaine de films commandés pour la gloire de la France, comme "Solutions Françaises de Jean Painlevé, "Les paysans de France », de Julien Duvivier, « Jeunes Filles de France » de Marc Allegret, "Artistes et paysans" de Jean Renoir…

On est juste après Munich.

Savorgnan de Brazza fait partie du Panthéon de la République, bien que noble et Italien de naissance, son image et ses exploits sont reproduits dans les bandes dessinées, les images des bons points, les buvards des écoliers. La formule "Touche (le drapeau Français), va, tu es libre" est reconnue comme quasi magique.

La France est fière de son Empire colonial. Elle ne s'embarrasse pas de "politiquement correct", un Africain est toujours, comme au temps de Brazza, un "indigène", voire un sauvage, un cannibale.

La France se prépare à enrôler les indigènes dans l'armée, la formule de Jules Ferry citée dans le film est toujours d'actualité  "Si la France sait se faire aimer, ceux qui l'aiment viendront la défendre".

Cette formule a déjà servi durant la Première Guerre Mondiale, le général Mangin à l'époque s'était fait une réputation de "broyeur de noirs".

La France reconnaîtra sans difficultés dans le sergent Malamine le bon tirailleur sénégalais, celui du "ya bon Banania", qui sauva le Congo des griffes de Stanley l'explorateur anglo-saxon, au service du roi Léopold de Belgique.

 

II L'AUTEUR

Léon Poirier  est le seul auteur du film, à la fois le scénariste, metteur en scène et même le producteur.

Georges Sadoul le tenait pour le cinéaste officiel de la IIIe République,  il était aussi taxé de "colonialiste", "ultra conservateur", voire "pétainiste". Son œuvre est imprégnée de l'amour de la patrie, des valeurs chrétiennes, de l'idée de supériorité de la civilisation française.

Il a de l'Afrique et du désert une vision romantique, la solitude rédemptrice, source de "parole", d'appel.

Il met dans la bouche de Brazza une formule caractéristique de sa pensée : les trois stades de l'évolution humaine sont "sauvage, chrétien, français".

Il n'est donc pas étonnant que son Brazza se transforme en une sorte de Christ laïque,  pieds nus, barbu, décharné, attaqué par la fièvre.

Un biographie et une filmographie complète de Léon Poirier est disponible sur le site des "Indépendants du premier siècle",  http://www.lips.org/bio_poirier.asp.

III LES ACTEURS

Léon Poirier a choisi Robert Darène pour incarner Brazza. Robert Darène raconte comment, alors jeune comédien, quand il s'est présenté à Léon Poirier, celui-ci le reconnut tout de suite comme le personnage de Brazza.

Léon Poirier le préféra donc à Pierre Blanchar.

Mais l'accord entre les deux hommes allait s'approfondir. Robert Darène et Léon Poirier étaient faits pour s'entendre, en raison de la foi profonde qui les animait tout les deux, et le désir de porter cette foi sur l'écran. (Robert Darène reprendra plus tard en 1947 le rôle de Charles de Foucault dans "la Route Inconnue" prolongement de "l'Appel du Silence", et poursuivra lui-même une carrière de metteur en scène engagé dans les questions de foi. Il sera une sorte de fils spirituel de Léon Poirier

Robert Darène n'aura donc aucun mal à se glisser dans la peau de Brazza et à lui donner ce coté christique que souhaitait Léon Poirier.

Pour le rôle de Stanley, Léon Poirier choisi un acteur qu'il apprécie de longue date, Thomy Bourdelle, malgré son âge (il a une douzaine d'années de plus que celui de Stanley au moment de l'Épopée du Congo). Il pousse la provocation jusqu'à faire dire à Brazza, dans un accès de fièvre, il est vrai, "Mais quel âge a Stanley ?"

 

   IV LE FILM

Dans une interview de l'époque (voir plus loin),  Léon poirier présente lui-même son film comme "une évocation, non une reconstitution". Il ne s'explique pas sur la différence, sauf que la reconstitution serait "hollywoodienne".

"Brazza a vingt-cinq ans, c’est le départ de la première mission, puis son retour, l’opposition de Clemenceau, les tractations avec le roi des Belges, la rivalité avec Stanley…

C’est en somme un film qui retrace une glorieuse aventure et la façon dont la France conçoit son empire : non par la force mais par une pénétration pacifique, car l’influence spirituelle vaut toutes les batailles ! C’est, si vous le voulez, une leçon d’énergie donnée par Brazza – romain d’origine – qui par amour de la France, a servi l’expansion d’un peuple. N’est-ce pas la preuve que tout peut se faire en dehors de l’idée raciste !"

Le scénario du film suit de façon fidèle les premières missions de Brazza. (voir à ce sujet la présentation de Jean Christophe Rufin dans "Aventuriers du monde" Gallimard, Folio

- La première mission toute tournée vers la libération des esclaves, mais qui rencontre l'hostilité des indigènes aussi, inexplicable jusqu'à ce que Brazza se rende compte que ce sont les méthodes d'avancement de son rival Stanley qui les rend, à juste titre, méfiants.

- Il revient donc à Paris, et rejette avec panache les propositions du roi des Belges.

- Brazza obtient une seconde mission. Cette fois, précédé d'une réputation de libérateur d'esclaves, il parvient à obtenir du Roi Makoko, le chef des Batékés une concession de suzeraineté pour la France.

- De retour en France, il obtient cette fois le plein appui du gouvernement Jules Ferry, malgré l'opposition de Clemenceau.

Le film nous fait découvrir les partis en opposition:

- La gauche, laïque, franc-maçonne (Jules Ferry a intégré la franc-maçonnerie en 1875), humaniste et favorable à l'expansion coloniale, (théoricien de la colonisation  Paul Leroy-Beaulieu). Mais elle le fait sans but précis.

- La droite est emmenée par Clemenceau, qui ne pense qu'à l'Alsace Lorraine, (elle est alliée aux monarchistes, pour qui la colonisation coûte trop cher, et on dit aussi que Bismarck justement encourage la France à se tourner vers l'Afrique).

- Jules Ferry déclare à la chambre en juillet 1885 :  "On peut rattacher le système d'expansion coloniale à trois ordres d'idées: à des idées économiques, à des idées de civilisation, à des idées d'ordre politique et patriotique…".

En écho, dans son film, Poirier fait dire par Brazza en réponse à Stanley :

"Moi je me promène dans le pays…, parfois sans souliers, … avec des amis, mais je ne le prend pas".

Sur la politique coloniale de Jules Ferry, voir "Le choc colonial et l'Islam", Pierre-Jean Luizard, Éditions de la découverte.

La chambre ratifie le traité, et Brazza peut alors entamer une troisième mission. Le film s'arrête là, il ne fait qu'évoquer une suite qu'Eric Deroo expose crûment dans son analyse du film, la prochaine mise à l'écart de Brazza, son remplacement par des administrateurs qui remplaceront la traite par l'exploitation, et les négriers par les colons, tout aussi féroces que ceux de Léopold sur l'autre rive.

Le film ne se prive pas de mettre en scène de façon frappante les icônes bien connus de l'époque, le drapeau qui libère : « Touche, tu es libre », ou le sergent Malamine et son « Non, ici la France ! ».

Malgré ses visées humanistes, le film reste profondément méprisant vis-à-vis des populations indigènes. Il faut là-dessus écouter le commentaire du supplément "Paroles de Batékés". Mais c'était aussi l'air du temps, et comme cela est précisé par l'un des intervenants Batéké, Léon Poirier disait aux Français « ce qu'ils voulaient entendre ».

 

V CONCLUSION

On comprend que Léon Poirier parle d'évocation plutôt que reconstitution. Il a pris en effet beaucoup de liberté avec les personnages africains, qui à aucun moment n'ont la parole, et sur lesquels il applique les clichés de l'époque les plus pesants, ceux que le peuple a envie de voir. Il ne se préoccupe jamais d'exactitude dès qu'il s'agit des indigènes, que ce soit en matière de langue, de costume, d'habitat. Pour lui tout cela ne compte pas, les noirs sont inexistants. (voir à ce sujet les commentaires de Eric Deroo et des deux Batékés interviewés pour le film.

Contact

Les Documents cinématographiques

38 Avenue des Ternes

75017 Paris

01 45 72 27 75

bberg@lesdocs.com

Dans l'interview déjà citée Léon Poirier indique :

"Depuis Verdun, j’ai toujours pensé que les films s’adressaient à la grande masse dont la moralité n’est pas comparable avec celle d’un soi-disant public d’élite à l’imagination morbide.

Et je ne dois pas avoir tort puisque mes derniers films sont largement bénéficiaires".

Il reste que ce film est un document particulièrement intéressant sur l’histoire de la colonisation, les objectifs, le rôle des partis politiques, le rôle des missions (comme on disait à l’époque, l’anticléricalisme n’est pas un produit d’exportation).

Toutes évocations qui font partie de notre histoire et ont encore un retentissement jusque dans les débats du parlement d’aujourd’hui.

 

 

 VI L'ACCUEIL DU FILM ET LA PRESSE DE L’ÉPOQUE .

 

COMITE    DE    PATRONAGE

M.     GEORGES     MANDEL

MINISTRE   DES   COLONIES

Mme de BRAZZA

M. le Général de CHAMBRUN

M . Charles de CHAVANNES

M. le Gouverneur Général Marcel OLIVIER

M. l'Amiral LACAZE

DE   L'ACADÉMIE   FRANÇAISE

M.     Gabriel    HANOTAUX

DE   L'ACADÉMIE   FRANÇAISE

M .  L e    Général    P E R R I E R

DE   L'INSTITUT,   PRÉSIDENT   DE   LA   SOCIÉTÉ   DE  GÉOGRAPHIE

 

M.  C  HARLETY

PRÉSIDENT   DE  L'ACADÉMIE   DES   SCIENCES   COLONIALES

BRAZZA

OU

l'Épopée du Congo

a été  présenté pour  la   première  fois   à   Paris

au Cinéma MARIGNAN LE 30 JANVIER 1940E

  une Soirée Nationale

sous le haut patronage de M. le Président de la République

et sous la présidence effective de

 

M. GEORGES MANDEL Ministre des Colonies

 

 

 

BRÀZZA  L'ÉPOPÉE   DU

CONGO FRANÇAIS

« Le Peuple »,   Bruxelles 19 avril 1940

 

Il y a quelques semaines, les Américains nous présentaient un film retraçant de façon excellente l’histoire un tantinet romancée de la pénétration blanche en Afrique centrale personnifiée par Livingstone et Stanley.

 

Le film que Léon Poirier a tourné sur les expéditions  de  l'explorateur Brazza au Gambron, et qui aboutirent à la rive droite du fleuve Congo, n'est certes pas inférieur en qualité au précédent. Il ne s’agit pas d’un documentaire ni d’un roman, mais bien de l’illustration de faits épisodiques narrés avec un louable souci de vérité qui rend cette production très attrayante.

 

L’action débute en 1875 à Paris, lorsque, encouragé par Gambetta, Brazza s’apprête à aller explorer les régions équatoriales par le coté ouest. Pendant deux années, en compagnie d'un jeune ami médecin et d’un matelot, inlassablement, Brazza. parcourt la région du Gabon, découvrant les rivières Alima et  Acorna, sans toutefois en connaître leurs débouchés.  Après avoir échappé à la mort par empoisonnement provoqué par un chef indigène, Brazza qui a entendu parler de Stanley qui, sous le surnom de Boula Matari, provoque sur les indi­gènes une impression formidable, décide de gagner le célèbre explorateur en vi­tesse. C'est ainsi qu'il atteint la rive droite du Congo, alors que Stanley en descend le cours. L'entrevue entre les deux hommes est à peine cordiale.

Ils se rencontreront d'ailleurs à nou­veau à Paris, après que Brazza appelé au château

 

de Laeken par le roi Léopold II, président de la Ligue Africaine, aura refusé l'offre de collaboration que lui offrait le souverain belge.

 

Appuyé cette fois par le ministère et le Parlement, Brazza retournera en Afri­que où, après s'être aliéné les bonnes grâces du roi indigène Makoko, il éten­dra ses expéditions dans tous les sens, dotant ainsi la France des immenses territoires que comprend l'actuelle Afri­que équatoriale française.

 

Tout cela, Poirier nous le conte avec simplicité et beaucoup de naturel, au moyen de photos magnifiques, dont cer­tains sous-bois sont de véritables ta­bleaux.

 

Ce naturel dans la narration, on le retrouve dans l’interprétation. La personne de Brazza est campée très adroitement par un nouveau venu à l’écran, Robert Darène, qui, pour ses débuts, joue avec extrêmement de maîtrise. Les autres interprètes sont également très bons et l'on admire surtout l'excellente tenue des nègres devant le micro. Car, il faut le dire, le film a été complètement tourné sur place et la sonorisation elle-même a été enregistrée au Congo
français.

« Brazza » est en résumé un excellent film de propagande de la colonisation française en même temps qu'un document d'intérêt général.

 

                                       H.DEWINNE

 


 

Au   cœur

de   la   forêt   vierge,

SAVORGNAN   DE   BRAZZA

avait  la   parole,  mais   l'appareil  du

son, plein  d'eau refusa de

l'enregistrer.

 

Article non identifié, probablement CINEMONDE en 1939 ou 1940 mais dont on a copie

Léon Poirier pourrait parler des heures entières, et sans la moindre fatigue pour l'auditeur, de son magnifique, mais diffi­cile, voyage au Gabon, d'où le réalisa­teur rapporte les extérieurs de son film Brazza ou l'Épopée du Congo. Il s'est arraché quelques minutes au montage de son film pour me recevoir et me parler du

« grand voyage » :

— Il y a des gens qui affirment que tourner sur la place même, où se dérou­lèrent les événements que l'on reconstitue est la chose la plus facile. Je voudrais bien les voir à l'oeuvre ! Songez que nous avons fait un voyage de 20 jours à l'aller et 20 jours au retour, avec un séjour au Gabon de deux mois et demi, et que ce séjour a dû être préparé de longs mois à l'avance. Lorsque l'on débarque là-bas, on se trouve en face de centaines de kilomè­tres carrés de forêts vierges, sans la moin­dre trace de vie humaine. Il faut parcou­rir des espaces énormes avant de rencon­trer des tribus indigènes. Pour remédier à cet état de choses peu encourageant, on avait été forcé de rassembler ces tribus dans une contrée choisie d'avance et de les nourrir jusqu'à notre arrivée. Il nous a été pratiquement impossible de refaire entièrement l'itinéraire de Brazza, car cela nous aurait demandé des mois et des mois, mais nous avons exploré les points les plus avancés.

— Votre expédition était-elle nom­breuse ?

— Quatre artistes, sept techniciens, moi-même et 150 indigènes. Nous dispo­sions d'ailleurs d'un vapeur et de sept pirogues. Une véritable flottille ! Pensez aux difficultés de ravitaillement de cette petite troupe ! Nous avons été forcés, quant à nous, de nous nourrir à la mode du pays, c'est-à-dire avec des poissons séchés, du manioc et des bananes. Ce n'était d'ailleurs pas là le plus grand en­nui, mais le climat. Je connaissais déjà les périls qui menacent la pellicule en pleine Afrique et j'avais équipé en conséquence mes opérateurs, mais cette fois-ci le cli­mat s'est attaqué avec une vigueur in­croyable au son. Nous avons perdu huit jours avant d'arriver à neutraliser les ef­fets néfastes de l'hydrométrie tropicale. Normalement, l'hydrométrie monte à 70 %, là-bas elle arrive à 120 et même 130 %.

Tout ruisselle, l'eau entre partout, pas moyen d'enregistrer le moindre son, puis­que les pellicules à son s'inductionnent entre elles toutes seules. Nous avons dû construire un système de chauffage arti­ficiel nous permettant de réduire l’hydrométrie. Par contre, les sept appareils pho­tographiques que nous avions emportés avec nous furent tous mis hors de combat. Ils étaient rouillés!

— En définitive,  vous  êtes  content ?

— Je ne serais pas artiste si je me sentais pleinement satisfait, mais en tout cas je suis très content des résultats tech­niques et du travail de mes artistes. Quant au reste, ce n’est pas à moi de juger... Ce qui est intéressant, c'est que nous avons réussi pour la première fois à introduire un appareil enregistreur de sons dans la forêt vierge de ces régions. Nous avons pris sur le vif des chants et des chœurs indigènes de toute beauté.

Rappelons maintenant en deux mots le sujet du film. Le réalisateur nous montre l'épopée du Congo, en insistant sur la différence de méthode de Savorgnan de Brazza qui s'attachait surtout à faire la conquête des âmes, et de Stanley qui fai­sait son apparition en Afrique au milieu de tout un attirail de guerre. C'est Robert Darène que l'on avait remarqué dans Nord Atlantique qui assume la tâche de ressusciter la noble figure de Brazza au­quel s'oppose dans un contraste frappant la figure quasi militaire de Stanley (Tommy Bourdelle). Deux autres artistes ont fait le voyage du Gabon : Jean Daurand (le quartier-maître) et Pierre Vernet (le docteur Ballay). En me montrant la photo d'un nègre d'allure imposante, Léon Poi­rier me dit : 

— C'est lui qui joue le rôle du sergent que Brazza laissa avec deux soldats pour barrer la route à Stanley. Lorsque celui-ci arriva, le nègre lui dit : « On ne passe pas, ici la France ! »  Un genre de Dantzig africain !

Au cours de la partie du film se pas­sant en Europe, Léon Poirier fait revivre sur l'écran plusieurs personnalités politi­ques qui jouèrent un grand rôle dans l'His­toire. C'est ainsi que nous verrons Léopold II, roi des Belges, incarné par Jean Galland, Léon Gambetta (Langlois), Geor­ges Clemenceau (René Fleur), et Jules Ferry (René Navarre). Nous verrons éga­lement Jean Worms dans un rôle impor­tant et André Nox prononcer un discours vigoureux au parlement.

 


 

L’Épopée du Congo français

Ou comment Léon Poirier a réalisé en Afrique son film « Brazza »

 

Le Jour , 15-07-1939, Marcel Idzkowski

 

Léon Poirier vient de rentrer du Gabon, où il a réalisé en grande partie Brazza ou l’épopée du Congo.

Comme je le félicitais de porter à l’écran de vastes et nobles sujets, Léon Poirier me répondit :

-    Depuis Verdun, j’ai toujours pensé que les films s’adressaient à la grande masse dont la moralité n’est pas comparable avec celle d’un soi-disant public d’élite à l’imagination morbide.

   Et je ne dois pas avoir tort puisque mes derniers films sont largement bénéficiaires

-    Et Brazza ?

-    Je reviens du Gabon et nous avons travaillé dans des conditions souvent pénibles. Il n’y avait au cœur du Gabon ni sentiers, ni routes, seules les voies fluviales étaient utilisables… et il nous a fallut attendre la saison des pluies pour tourner Brazza.   
Seul le résultat importe et nous avons pu rapporter 30 000 mètres de pellicule, son et images synchrones. Nous avons tourné en pleine forêt vierge, et grâce à mon opérateur Georges Million, vous verrez des images que je crois réussies, et vous entendrez autre chose que de la synchronisation en studio ; quand les indigènes parlent on entend aussi le chant des oiseaux que l’on ne pouvait enregistrer que dans ce coin d’Afrique.

-    A part votre équipe technique vous aviez à vos cotés des acteurs ?   

-    Oui Robert Darène (Brazza), Jean Daurand (quartier maître Hamon), Pierre Vernet (Docteur Ballay), et Thomy Bourdelle (Stanley).         

Si à part le dernier nommé ces noms sont inconnus du grand public, c’est d’abord qu’il me fallait des acteurs jeunes de vingt à vingt-cinq ans, et puis surtout les conditions d’existence relevaient plus de l’exploration que du cinéma, et les vedettes – quoi qu’on en dise – n’auraient jamais accepté de mener la vie aventureuse et dure qui fut la nôtre.

 

-    Pour réaliser ce film, quelle a été votre documentation ?

-    Les renseignements fournis par la famille

Brazza, les carnets de Brazza lui-  même,    et La Vie de Brazza, qui fut écrite par le général de Chambrun, beau-frère de Brazza.

-    Comment les indigènes de la brousse

accueillirent-ils la caméra ?

-    Avec infiniment de méfiance, ils n’aiment pas cette instrument dans leur vie privée, mais je trouvais des « boys » qui connurent Brazza ; je leur racontai des histoires – avec mon interprète, évidemment, car le « pahouin » est un dialecte difficile – et petit à petit les indigènes furent serviables et - faut-il l’ajouter ? - d’un naturel absolu.

-     Retracez-vous dans votre film toute la pacification du Congo ?

-    Je commence à Paris. Brazza a vingt-cinq ans, c’est le départ de la première mission, puis son retour, l’opposition de Clemenceau, les tractations avec le roi des Belges, la rivalité avec Stanley… C’est en somme un film qui retrace une glorieuse aventure et la façon dont la France conçoit son empire : non par la force mais par une pénétration pacifique, car l’influence spirituelle vaut toutes les batailles ! C’est, si vous le voulez, une leçon d’énergie donnée par Brazza – romain d’origine – qui par amour de la France, a servi l’expansion d’un peuple. N’est-ce faire en pas la preuve que tout peut se faire en dehors de l’idée raciste ! Je vais d’ici quelques jours partir pour Antibes où je filmerai M. de Chavannes, qui fut le secrétaire de Brazza. Il paraîtra à la fin de cette production, donnant ainsi à ce film un caractère d’authenticité, car j’ai voulu une évocation et non une reconstitution… Et c’est l’avantage de tourner sur les lieux mêmes et en France… et non à Hollywood.

 

Longtemps encore j’ai bavardé avec Léon Poirier, qui m’apprit que Brazza serait présenté simultanément à New York et à Paris… Et à écouter le metteur en scène de l’Appel du silence, j’ai compris avec quelle ferveur il avait réalisé sa nouvelle œuvre qui comme ses précédents films est l’expression d’une sincérité profonde.

.


 

 

BRAZZA OU L’ÉPOPÉE DU CONGO

Le journal de Roubaix, 17 février 1940

 

Fidèle à son programme, Léon Poirier vient d'ajouter une œuvre de magnifique envolée à une série de réalisations cinématographiques qui depuis quinze ans portent à tra­vers le monde le renom de la France et la qualité de son élite.

Après « Verdun, Vision d'His­toire », « L'Appel du Silence », et « Sœurs d'armes », voici racontée l'épopée congolaise de Pierre Savorgnan de Brazza qui devait être à l'origine du rayonnement français en Afrique équatoriale.

Qui était Savorgnan de Brazza ?

Après la guerre de 1870, l'Allema­gne de Bismarck occupée à conso­lider sa nouvelle unité, dédaigna l'idée coloniale. Elle la trouva même dangereuse et contraire à la théorie du regroupement racial qui a toujours été sienne. Le chance­lier de fer laissa donc les français « disperser leurs énergies » et pour­suivre à travers des étendues encore sauvages, la chimère d'un « Empire » au sens romain du mot. Em­pire dans lequel des esprits clair­voyants comme celui de Jules Fer­ry voyaient une expansion pacifi­que et la grandeur de la France de demain.

La lignée des Jacques Cartier, des Champlain, des Dupleix, ne s'est jamais perdue. Après Francis Garnier, il y allait avoir les de Foucauld, les Laperrine, après Bugeaud, allaient se révéler les Galliéni, les Lyautey et tant d'autres. En 1875, Pierre Savorgnan de Brazza avait 23 ans. C'était un élé­gant enseigne de vaisseau à l'allure nonchalante et au regard velouté de patricien romain.

Romain, il l'était par ses origi­nes. La famille de Brazza, de très ancienne noblesse avait été obligée de fuir Venise pour échapper à l'envahisseur tudesque et s'était ré­fugiée à Rome. La neutralité de l'État romain ou État de l'Église en faisait un refuge précieux aux pa­triotes luttant courageusement pour l'avènement de l'Italie.

Après Solferino et Magenta, la France continuait à soutenir les aspirations de ses frères latins, et c'est en 1863, au cours d'un voyage diplomatique que l'amiral de Montaignac, futur commandant des fusiliers marins pendant le siége de Paris en 1870, futur ministre de la Marine sous la présidence de Mac-Mahon, fut reçu au Palais Brazza à Rome. Parmi les neuf enfants qui se pressaient autour de Madame de Brazza, déjà veuve, Pierre, âgé de 12 ans, attira spé­cialement l'attention de l'amiral. Il rêvait d'être marin et comme il ne pouvait être question de servir l'Autriche : « Amiral, emmenez-moi avec vous en France. Je veux partir sur votre bateau », supplia-t-il.

Mère romaine, madame de Brazza consentit à se séparer de son fils qui, ayant achevé ses études à Pa­ris, devint un brillant élève de l'École navale. Enseigne de vais­seau en 1870, il combattit l'Alle­magne sur mer.

Être Français pour amour de la France, c'est être deux fois Fran­çais.

Après la guerre, la frégate « La Vénus » sur laquelle se trouvait  l'enseigne de vaisseau Pierre de Brazza, partit en croisière dans l'Atlantique sud. En longeant la côte encore inexplorée de l'Afrique équatoriale, l'attrait de l'inconnu se fit irrésistible. Brazza obtint une permission de ses chefs et avec deux camarades : l'enseigne Latour et le médecin Gagneron, il fréta des pirogues et remonta des bras d'eau limoneuse à travers un delta de palétuviers. En face d'un fleuve immense naquit sa véritable vocation. Rentré en France il fera le nécessaire pour obtenir une mis­sion de reconnaissance sur le cours de l'Ogooué dont il a reconnu l'em­bouchure.

Grâce à la protection de l'amiral de Montaignac, ministre de la Ma­rine, protection qui lui vaut l'aide de Gambetta et l'amitié de Jules Ferry, Brazza peut organiser son expédition.

 

Au mois d'août 1876 il s'embarque à Bordeaux avec Noël Ballay médecin de la marine, âgé de 26 ans, et Hamon, quartier-maître de « La Vénus ». Il a 25 ans, le même âge que Brazza. Pour toute for­tune : 10.000 francs d'avance sur une solde d'enseigne...

Le film

Après avoir évoqué avec ingénio­sité la biographie de Brazza qui nous est présenté en 1875, le film nous renseigne dans les grandes li­gnes sur les démarches qu'il a dû faire pour obtenir son ordre de mission en Ogooué ; mais les trois quarts de la production ont trait aux années africaines.

Brazza saura tout de suite con­quérir les indigènes. Il est juste et il donne l'exemple du travail et du courage.

Le tam-tam propage la renommée du commandant blanc et de ses compagnons  jusqu'au  roi  Rénoké, le plus grand marchand d'esclave. Car le Gabon est un centre de la traite des noirs.  Des   caravanes d'hommes chargés du carcan, entravés d'une bûche à la cheville, s'acheminent péniblement vers la côte où les bateaux négriers les transportent vers de lointaines plantations.

Brazza saura éblouir Rénoké, négocier avec lui, acheter les esclaves pour les libérer, en libérera d'autres de force et fera du  drapeau français un fétiche. Puis il appor­tera la paix aux tribus sauvages qui se battent et s'entre-dévorent.

Après trois ans d'absence, Brazza et ses amis rentrent en France. Pa­ris leur fait une ovation. Léopold II roi des Belges, qui patronne l'État indépendant du Congo,   lui offre d'unir ses efforts à ceux de Stanley déjà surnommé dans la région « Boula Matari », le Briseur de Rocs. Il aura de puissants moyens à sa disposition, une situation de vice-roi... Mais Brazza est officier de marine et français. Il refuse.

En hâte, il repart vers le Gabon. Sa colonne comporte une centaine d'indigènes porteur de bagages et une douzaine de tirailleurs sous la direction du sergent Malamine.

Pendant que Brazza fait signer au roi Makoko un traité d'alliance avec la France, traité qui, ratifié en 1883 par les Chambres, servira à la reconnaissance de la rive droite du Congo comme frontière équatoriale de l'empire français, le sergent Ma­lamine, à la tête d'une garnison dé deux tirailleurs, empêche Stanley de passer sur la rive gauche du fleuve. Les termes de son refus son restés légendaires: « Non, ici France ».

Simplement contée sans recherche d'effets spéciaux, cette admirable épopée est digne de « L'Appel du Silence ». Son héros est un beau jeune homme à l'âme tendre, riche d'idéal et de courage, son héroïne est l'aventure et leur histoire se confond avec celle de la France.

Certains visages ont été évoqués avec minutie. On peut montrer le portrait de l'acteur à côté de celui de la  personnalité qu'il évoque. Ainsi nous voyons Clemenceau, Jules Ferry, Gambetta, Léopold II, le père Augouard, ce missionnaire qui allait devenir le premier évêque du Congo.

Brazza a été campé par Robert Darène.

Dans la distribution on relève le noms de Jean Worms, Jean Galland, Jean Daurand, Pierre Vernet, René Navarre, Thomy Bourdelle, tous Français. Sur la liste les col­laborateurs techniques : des noms français.

Les scènes coloniales ont été réa­lisées au Gabon et dans le moyen Congo avec l'aide du Gouverne­ment général de l'Afrique équato­riale française.

A la fin du film apparaît mon­sieur de Chavannes qui fut le se­crétaire de Brazza et dont les sou­venirs furent précieux à Léon Poi­rier pour célébrer comme il le mé­rite, celui qui repose sous cette magnifique épitaphe :

« Sa mémoire est pure de sang humain »

 

Retourner à la page d'accueil

Acheter le DVD