Voir la fiche technique du film.

de Georges Rouquier (1983)
Grand Prix Spécial du Jury au Festival de Venise 1983
Sélection à Cannes 1983
Versions :
VO et sous-titrage anglais et espagnol
Avec Biquefarre, Georges Rouquier reprend la saga de la famille de Farrebique, mais avec plus de rigueur dans l'écriture cinématographique et plus de colère envers un monde qui a changé, pas toujours dans le bon sens.
"J'aime au cinéma l'écriture la plus simple possible, la plus pure. J'ai été définitivement marqué par Chaplin d'une part, et par Flaherty d'autre part.
Pas d'effets esthétiques gratuits, pas de mouvements d'appareil pour bluffer le monde. Chaque place de la caméra, chaque grosseur de plan doivent être décidées par le récit."

En 1983, Rouquier arrive à convaincre les personnes qui ont joué dans Farrebique (1946) à se soumettre une nouvelle fois à l'œil de la caméra. L'histoire que Georges, leur ami et cousin, leur demande de représenter dans le film n'est pas loin de leur propre histoire : l'agriculture est devenue une industrie, il faut s'agrandir ou disparaître. La terre de la ferme Biquefarre est en vente, qui l'achètera ? Autour de cette trame, l'amour conjugal de Henri et Maria, la maladie de Roch et les images du passé se mêlant à celles du présent, en contrepoint au récit.
Extraits de presse:
"Il existe dans l'écriture des sécheresses fertiles. L'écriture de Rouquier a la concision, la sérénité et la rigueur austère d'un classique."
Morando Morandi in Il Giorno (Venise), 2 septembre 1983
"Au lyrisme serein et austère de Farrebique s'opposent l'univers des machines et l'engrenage spéculation-production de Biquefarre. Un peu comme la raison s'oppose à la folie."
Jean Louis Olive "Farrebique-Biquefarre ou les Morceaux de la mémoire", in Les Cahiers de la Cinémathèque, n°41 1984

"Georges Rouquier ne dresse pas un réquisitoire contre l'agriculture moderne : il se contente de montrer. Mais, croyez-moi, il ne mâche pas ses images. Il procède par touches successives, et s'installe peu à peu un kaléidoscope hallucinant du monde paysan. […] Son film, c'est un cri de colère étouffé, c'est une douleur dite avec une pudeur infinie…
C'est un roman d'amour."
Yvon Le Vaillant, "Farrebique, Biquefarre", in Le Nouvel Observateur, 6 avril 1984
"Trente-huit ans après, nous retrouvons le même découpage sans bavures, sans déchets, le même montage pondéré, régulier, équilibré. […] Dans Farrebique, Rouquier s'etait donné pour tâche de représenter le monde paysan. Dans Biquefarre, cette tâche demeurait, mais s'y ajoutait cette autre obligation qui la compliquait singulièrement : rendre compte. Rendre compte d'une mutation, d'une évolution et aussi d'une continuité."
"Si Rouquier, avec l'aide des habitants de Goutrens (Aveyron), raconte une histoire - qui va acheter les dix hectares de Biquefarre ? -, il raconte aussi ses paysans. Sans folklore. Sans hymne écolo. Il montre. Le formica comme le congélateur. La traite des vaches - le danger de l'insecticide - la solidarité du voisin. […] Biquefarre, ce n'est pas Dallas… mais l'argent, pour le tourner, est venu en partie des USA. N'en déplaise à Lang, ils ont quand même du goût, ces Américains !
"Biquefarre", in Le Canard Enchaîne, 11 avril 1984
Né
en 1909 à Lunel-Vieil dans l'Hérault, Georges Rouquier se passionne pour le
cinéma depuis l'enfance ; il vole des morceaux de pellicule comme le héros de
Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore. Pendant son adolescence
passée à Paris, Rouquier fait ses premiers essais comme cinéaste, tout en
travaillant comme ouvrier linotypiste pour venir en aide à sa famille. Ensuite,
avec plusieurs courts métrages, Rouquier devient un professionnel à temps plein.
Avec Farrebique, Rouquier se voit consacré en Europe et aux Etats Unis comme le chantre de la vérité et de la poésie de la vie des paysans. Les réalisations de courts et long métrages alternent dans la carrière de Rouquier. On peut rappeler : Le Tonnelier (1942), L'œuvre scientifique de Pasteur (1947), réalisé avec Jean Painlevé, Le Chaudronnier (1949), Le Sel de la Terre (1950), Sang et Lumière (1953), Lourdes et ses miracles (1955), Sos Noronha (1957) et Le Maréchal-ferrant (1976).
Finalement, en 1983, il réussit à tourner Biquefarre grâce à l'aide de l'organisme américain, The National Endowment for the Humanities.
LES BONUS :
· Bande annonce du film
· Le maréchal ferrant, court métrage de georges Rouquier, 1976, couleurs, 23mn. César du meilleur documentaire 1977
"Nourri de faits, riche d'informations, ce film de Georges Rouquier porte la marque d'un travail de documentation rigoureux. l'activité du maréchal-ferrant y est minutieusement décrite dans la multiplicité de ses aspects. [...]Mais Rouquier ne limite pas son propos à une pure description technique. Pas un instant, il n'oublie l'homme qui pratique le métier de maréchal-ferrant, ni son environnement familial et villageois, ni l'histoire où s'est inscrite, à un moment donné sa vie. [...] Tourné en six jours et ne dépassant pas une demi-heure, le film est une reconstruction ; tout y est mis en scène à partir de fragments de réalité multiples. [...] Il en résulte un film remarquablement construit qui s'articule autour de trois thèmes, parfois confrontés, mais souvent confondus : l'homme, l'histoire et le métier."
Philippe Haudiquet, Agrisept, 7 avril 1978
· Biographie et filmographie de Georges Rouquier