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La douve Par Jean Painlevé |
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La prévoyance de la nature n'a de limite que les complications qu'elle se crée gratuitement. Témoin l'invraisemblable histoire de la Douve du mouton.
Une bouteille plate munie d'une ventouse de fixation représente la forme adulte qui vit dans le foie de ces charmants ruminants à la laine forte. Obstruant les canalicules biliaires, elles déterminent ma mort par cachexie. Et c'est ici que le délicat côtoie le compliqué. Les entrailles du mouton mort sont mangés par un chien, ou un loup, en période romantique (s'il n’y a pas de chien affamé, il faudra en trouver un, sinon je ne pourrai pas continuer ma petite histoire). Lorsque le chien s'est restauré le reste va tout seul : le chien veut bien mordre Biquette, Biquette veut bien manger son chou.
En même temps que les entrailles, le chien absorbe les œufs des Douves, puis les excréments à l'état d'embryons ciliés qui sortent allongés munis d'un rostre, excellent instrument pour perforer un mollusque d'eau douce , la lymnée. (Toutes ces scènes bucoliques se déroulent dans un pâturage marecachosant où c'que coule l'onde du frais ruisseau). Ils gagnent ses poumons où ils apprennent, tout en perdant leurs cils vibratiles, à compter : 31-32-33, qui pénètrent à l'intérieur de la lymnée avant qu'il pleuve. Chaque embryon grossit en forme de sac et à son intérieur paraissent des masses qui l'occuperont en entier lorsqu'elles auront atteint la forme rédie, rédie-le moi-le pense chacune d'elles en subissant a nouveau le même processus qui, à la saison chaude, donne naissance a une vingtaine de cercaires : ils ne sont plus de vulgaires sacs mais se rapprochent de la forme adulte à laquelle s'ajoute un appendice caudal. Celui-ci leur permettra de nager, après s’être échappées par l'orifice de ponte que porte l’enveloppe à laquelle se trouve la rédie réduite. Atteignant la rive, les cercaires se fixent aux herbes, perdent leur queue, inutile pour grimper aux arbres, et s'enkystent, ce qui est une bien commode manière de dire " zut" au monde quand il vous embête.
Il n’y a plus qu’à paisiblement attendre d'être avalées par un oviné. Sous l'influence des sucs, la membrane du kyste se rompra, libérant une douve enfin formée comme père et mère. Et clac ! ... le cycle est ferme.
L'astuce de l'homme, qui n'en est pas à une entourloupette près, consiste à envoyer des moutons sensibles seulement à un certain distome, dans un pays où les eaux douces ne contiennent pas de mollusques résolus à servir d'entremetteurs à ce distome. Il faut dire que le retors de ces derniers, pour accomplir quand même leur cycle, est sans limites ; certains qui ont des âmes d'aviateur, s'enkystent dans un tentacule d'escargot qu’ils gonflent en le colorant de sorte qu'un oiseau le prenant pour une baie dont il est friand vient cueillir ce morceau délicat.... Jean Painlevé |
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