Miscellanées.

La filaire de Médine.

Par Jean Painlevé

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" Mon Dieu, ce que j'avais soif !" dit-il après s'être envoyé une pinte de cette belle eau limpide derrière la cravate pendant que se tord de rire le minime crustacé aquatique, copépode banal qu'il a avalé en même temps. Il faut dire que pour ceux qui savent, c'est assez réjouissant :

 

Dans certains pays chauds, notamment le Congo ou se passe la scène, le copépode porte souvent en lui des ressources de gaieté cachées ; de quoi se distraire en société : une filaire. Il a fait sa connaissance lorsque, sous forme d'embryon d'un dixième de millimètre, elle se promenait dans la même eau douce ; elle lui est rentrée dedans. Maintenant il va la repasser sous forme adulte à un indigène ou à un colon - il n'a que ce choix.

 

"Merdine, alors ", s'écriera l'élu lorsqu'il s'apercevra de ce qui lui est échu... Le mâle n'est pas très troublant : 4 centimètres. Mais la femelle !  De 50 cm a 2 mètres sur un millimètre de large... Comme macaroni famélique, on ne fait pas mieux. Et bourrée d'œufs féconds, la femelle, si on a eu la bonne idée d'héberger un couple. Quant aux lieux où ils transportent leurs pénates, ils sont variés. Assez indisciplinées (vous n'avez jamais vu des filaires au pas de l'oie ?) elles vont se fixer un peu partout mais chaque fois dans un endroit drôle : nez, sein, langue, suivant le degré de la plaisanterie. Une espèce se porte aux plus fâcheuses extrémités y déterminant des choses énormes connues sous le nom déléphantiasis. Les plus mutines se glissent à maturité sexuelle sous la peau de la jambe quelles tendent comme une corde a violon ; il y en a en si bémol, d'autres en fa dièse ! Le monocorde des airs du cru vient certainement de là.

 

Il ne sert a rien de leur dire : " Veux-tu filaire et plus vite que ça !" Seule la patience mélancolique de bobineurs appelés contrefilaires de macaroni - beau métier, très calme,- extirpe l'indésirable. L’instrumentation indispensable n'est pas excessive : un bout de bois sur lequel on enroule l'extrémité de la filaire lorsqu'elle aura percé la peau, ce à quoi on peut l'aider - et doucement sans la brusquer de crainte qu'elle ne rompe toute relation avec elle-même, ce qui risquerait de libérer les milliers d'embryons qu'elle contient, on tourne chaque jour le petit bâton d'un quart de tour, d'un demi-tour et pis un jour c'est fini.

Jean Painlevé

 

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