L'engagement politique.

 

Par Jean Painlevé


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Le colonialisme se caractérise par la présence            exclusive des « indigènes » aux travaux les plus pénibles, agrémentés par des salaires les plus bas. Je n'ai jamais vu pendant 8 ans dans les mines, chantiers, docks, etc.. de Maroc, d'Algérie et de Tunisie, d'autres travailleurs que les Arabes ; surveillants, contremaîtres, spécialistes étaient des« blancs »ingénieurs,instituteurs, fonctionnaires de tout ordres étaient des blancs au compte-goutte et très récemment quelques médecins, avocats, professeurs étaient arabes. D'autre part, les promesses d'égalité, d'améliorations diverses, de partage des responsabilités, etc. promises quand on voulait que les arabes se battent pour la France n'ont jamais été tenues ; famine, misère, exploitation éhontée,  manque d'hygiène, de connaissances, ont été maintenues. Une révolte (qualifiée de « déclenchement de guerre Sainte » par nos caïds milliardaires) se déclencha en 1945-46 et fut noyée dans le sang. Depuis 1954, les gouvernants successifs de la France, aveuglés par leur haine partisane et guidés par les pires racistes réactionnaires, profiteurs acharnés de la « sueur de burnous », ont éliminé peu à peu toute chance d'entente  en dressant de plus en plus les francophiles contre la France anéantissant ceux qui pouvaient vraiment obtenir une fraternité franco-musulmane, en faisant tuer par des terroristes ceux qui malgré tout auraient pu servir de liens. La situation est devenue une guerre civile alimentée par les nationalistes arabes, par les revendications du peuple arabe, par les réactionnaires français, et par différents pays qui espèrent ramasser des  miettes de la déconfiture française que cette guerre met en faillite, prête à se vendre à l'encan sous l'impulsion de gouvernements fantoches, redoutant les jets de tomate de quelques milliers d'excités, la France assiste à deux séries parallèles d'atrocités : par haine (ou par provocation au complicité d'ultras français) des arabes massacrent des colons, les parachutistes massacrent des arabes ou torturent et tuent des français arabophiles ou connus comme progressiste. Ce sont chaque fois les innocents qui paient ; on voit rarement aux prises les lanceurs de bombes arabes et les assassins français. Et c'est ce climat qu'on introduit en France : il y a 3 semaines, le Parlement a voté les « pouvoirs spéciaux » permettant de perquisitionner et d'arrêter de jour et de nuit, de garder au secret 20 jours, de placer en camp de concentration tout individu accusé en fait de ne pas être d’accord  avec la politique du gouvernement....

 

Ce qui se passe en Algérie, on l'a connu sous l’occupation nazie ; les attentats sont du même ordre, les tortures également ; l’ensemble plus dense et plus perfectionné. Un journal d'ici rend compte de la clémence des juges d'Alger donnant le sursis à des catholiques accusés d'avoir secouru des terroristes. Mais on ne cite pas ceux qui ont été condamnés ferme à 10 ans de prison, ni la cause : avoir donner asile à un terroriste (une assistante sociale, Raymonde Peschard) reconnue innocente au cours de ce procès - mais « disparue » (elle est morte dans les tortures il y a trois mois ! Mais personne ne sait où elle est : de qui se fout-on !). Des centaines d'innocents, progressistes, ne reviendront jamais : ils seraient des témoins génants ! Un jeune assistant de mathématique de la Faculté d 'Alger, arrêté quelques semaines plus tard des parachutistes viennent lire à sa femme (mère de trois enfants) un procès-verbal de « fuite » : alors qu'on l’amenait rue Faidherbe, il a sauté de la voiture, on lui a tiré dessus, on ne l'a pas retrouvé.... ! Allant à nouveau à la maison des tortures, il est compréhensible qu'il ait voulu se sauver ; mais nullement sportif et anéanti certainement par les tortures précédentes (la baignoire glacée, les électrodes sur les testicules, etc….. qui ne laissent pas de trace, de sorte que les « enquêteurs » peuvent dire qu'ils n'ont pas constaté de sévices …), il n'a certainement pas cherché à s'enfuir. Audin a donc été tué ou s'est suicidé comme bien d’autres. La preuve qu'on sait qu’il est mort, c'est qu'on n'a plus surveillé sa femme après lui avoir lu le procès-verbal, alors qu'on aurait dû au contraire chercher le fugitif (soi-disant) ou ses traces, surtout vers sa famille qu'il n'aurait pas laissé trois mois sans nouvelles. Une commission internationale d'enquête a publié un rapport où elle notait « quelques faits regrettables » mais elle était aussi optimiste que les enquêteurs de la Croix-Rouge chez les nazis qui ne remarquèrent pas que deux millions d'humains furent brûlés dans les crématoires des camps …

 

Quant à l’action constante de l’Armée, elle est autre : le massacre pur et simple de villages entiers lorsque un guet-apens ou une attaque a été déclenché contre un détachement ; les Oradours sont quotidiens. On ne doit pas oublier que lorsque M. de Chévigné régnait sur Madagascar, il fit massacrer près de 80.000 malgache à la suite d'une révolte qui avait tué des centaines de français. Il a déclaré il y a deux ans au Parlement que c'était la seule mesure et la bonne pour l'Algérie. Des imbéciles, des fous, des sadiques, des feignants, des ignorants - voici le partage de la majorité politique actuelle en France dont on n'arrive pas à détacher l'opinion de son laisser-aller : préoccupation des prix sans vouloir en connaître d'autres causes que celles fournies par les réactionnaires. Poursuites et condamnations pour ceux qui ne sont pas d’accord. La pénible histoire d'Indochine n'a servi à rien. Et ce sont les « socialistes » ( !!!) qui mènent le jeu.

 

Jouant sur les haines internes de tribus à tribus, de personne à personne, on laisse (ou on provoque ?)  des dizaines de meurtres chaque jour entre arabes en France. A Mélouza, une harka a sauvagement assassiné tous les habitants d'un douar - mais l'armée n'est pas intervenue ; et il paraît qu'elle aurait pu... Mais ce massacre a permis au président de la République et à une campagne générale si instantanée qu'elle m'a paru préparée et n'attendant que ce fait pour se déclencher, de rendre responsable du massacre le  F.L.N. (un des partis de la révolte arabe, l'autre, ennemi du premier étant le M.N.A.). Mais le Gouvernement Français a refusé l'enquête internationale demandé par le F.L .N ., preuve qu'il se sent morveux...

Jean Painlevé

 

 

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